Changement climatique : les énergéticiens européens font-il ce qu’il faut ?

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émissions-carboneAlors que la conférence de Paris sur le climat approche à grands pas et que l’urgence du changement climatique impose de nouvelles politiques volontaristes de la part des Etats comme des industriels, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) s’est fendue d’une piqûre de rappel à l’égard des acteurs de sa filière, réaffirmant ainsi la nécessité de repenser la production d’électricité mondiale dans le sens d’un développement plus durable et plus responsable. Une démarche déjà entreprise en Europe par plusieurs groupes énergétiques majeurs mais qui devra toutefois se confirmer et s’intensifier dans les années à venir.

Le poids de la production d’énergie dans les émissions mondiales de CO2 est évalué aujourd’hui à plus de 40% et cela malgré une croissante régulière des moyens de production d’électricité décarbonée. Une proportion qui pourrait poursuivre sa tendance à la hausse (malgré les efforts déployés en termes d’efficacité et d’économie d’énergie) au regard des perspectives de développement des pays émergents dont la production d’électricité repose aujourd’hui largement sur l’utilisation du charbon, un combustible abondant, bon marché et facile à exploiter.

Un constat qui a poussé l’AIE à réclamer, via un rapport publié ce lundi 15 juin, de nouveaux engagements de la part des Etats et des producteurs d’énergie afin de limiter à 2°C le réchauffement climatique à la fin du siècle. L’AIE estime en effet dans son rapport que les émissions de gaz à effet de serre issues de la production et de la consommation d’énergie sont d’un niveau « deux fois plus élevé que celles issues de toutes les autres sources d’émissions confondues », et appelle donc les énergéticiens à agir radicalement dans le sens du développement durable.

« Il est clair que le secteur énergétique doit jouer un rôle capital pour assurer le succès des efforts faits pour réduire les émissions », souligne Maria van der Hoeven, directrice exécutive de l’AIE, citée dans ce communiqué. Il est donc de la responsabilité de chaque producteur, qu’il soit public ou privé, d’adapter son parc de production, de limiter, renouveler et moderniser ses centrales thermiques (turbines à combustion et cycles combinés gaz moins émetteurs de CO2 que les centrales à charbon), mais également de préserver son potentiel hydraulique et de développer les énergies renouvelables et le nucléaire.

Au niveau européen, les émissions de CO2 des électriciens ont baissé en 2013 de 5,2% atteignant ainsi un facteur carbone moyen en Europe de 328 g/kWh contre 346 g/kWh en 2012. Une évolution prometteuse mais qui (sans chauvinisme aucun) resterait bien terne sans la prise en compte des performances environnementales des producteurs d’électricité français. En effet, Engie (anciennement GDF Suez) a enregistré sur cette période une baisse significative de ses émissions de plus de 10% et le groupe EDF reste toujours aujourd’hui l’un des producteurs les plus propres d’Europe en rapport à la quantité d’énergie produite. Aux côtés des groupes Statkraft, Fortum, Verbund, PVO, Iberdrola & Scottish Power et Dong, l’électricien français fait en effet partie des sept entreprises européennes présentant un facteur carbone inférieur au facteur carbone européen. Une performance rendue possible par des mix énergétiques composés principalement d’énergies décarbonées comme l’hydraulique, le solaire, l’éolien ou le nucléaire.

Comme l’explique le cabinet d’audit et de conseil Pwc France dans une étude sur le facteur carbone des électriciens européens publiée en décembre dernier, le facteur carbone moyen européen excluant la production française augmenterait de plus de 30%, atteignant 428 g/kWh tandis que les émissions françaises, remises à l’échelle des émissions européennes (soit 328 g/kWh au lieu des 35 g/kWh actuels), s’élèveraient aujourd’hui à plus de 155 millions de tonnes de CO2 par an, soit l’équivalent des émissions émises par l’ensemble de l’industrie française. Un scénario hypothétique révélateur des bons résultats français en matière d’émissions, mais également et surtout de tous les efforts qu’il reste à consentir au niveau européen.

Par ailleurs, l’AIE estime également qu’il faudra augmenter les investissements dans les énergies renouvelables de 270 milliards de dollars en 2014 à 400 milliards en 2030 et supprimer progressivement d’ici là les subventions aux énergies fossiles. Sur ce point, les énergéticiens européens semblent en avance par rapport à la moyenne mondiale. L’analyse des 20 principaux acteurs de ce marché réalisée par Pwc, montre en effet une hausse conséquente de la production d’électricité à partir des énergies renouvelables de 4,5% en 2013, atteignant ainsi 422 TWh. Cette augmentation de la production d’énergie renouvelable représente une hausse de près de 25% depuis 2008 soit 4,5% par an en moyenne sur 5 ans.

Compte tenu de la baisse de la production totale sur cette même période, la part de l’énergie renouvelable dans le total d’électricité produite s’est relativement accrue, passant de 19,3 % en 2012 à 20,6% en 2013. Une proportion qui devrait permettre d’atteindre l’objectif européen de 20% d’énergie de source renouvelable dans la consommation finale d’énergie (électricité, chaleur, transport) d’ici à 2020.

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