Une enquête pour en savoir plus sur les catholiques français

Une enquête pour en savoir plus sur les catholiques français

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Il en est des catholiques, comme pour toutes les religions, où on est loin d’avoir un groupe homogène. Une enquête commandée par le groupe de presse catholique Bayard révèle une large diversité dans le catholicisme français. Cette diversité a amené ses auteurs à créer des catégories, ce qui permet comme souvent de « revoir  » certains clichés faciles toujours présent quand il s’agit de décrire des groupes.
L’enquête basée sur un sondage Ipsos a concerné les catholiques pratiquants, mais aussi ceux qui, pratiquants ou non, déclarent avoir pris dans leur vie au moins un engagement lié à leur foi. Par exemple, le mariage à l’église, le catéchisme pour les enfants, l’action caritative, le scoutisme, l’action catholique, et enfin la spiritualité.
L’éventail est donc plus réduit que l’ensemble des personnes interrogées se déclarant catholiques (53,8 %). Actuellement, au sein de ces catholiques, il y a deux facteurs clivant. Le premier est assez classique et concerne leur engagement plus ou moins fort dans la pratique sous toutes ses formes. Le second, est en prise avec l’actualité, il gravite autour de l’accueil des migrants et du positionnement vis-à-vis du Front national.
Cela a amené Yann Raison du Cleuziou, maître de conférences en sciences politiques à l’université de Bordeaux et Philippe Cibois, professeur émérite de sociologie a créé six tendances.
La plus nombreuse est celle des « festifs culturels ». Ils sont faiblement engagés, fréquentent peu l’église (mariages, baptêmes, funérailles). Ils sont très hostiles aux migrants, et peu au fait de ce qui se passe dans l’église. Ils ont peu participé à La Manif pour tous, mais ils sont méfiants envers le pape François. C’est parmi eux que l’on trouve la plus forte proportion de vote Front national (FN).
A contrario, les « saisonniers fraternels » (26 %), qui eux aussi ont un niveau d’engagement et de pratique assez faible, sont plus tournés vers la gauche et le centre droit. Ils sont plus ouverts envers les migrants et comprennent mieux l’attitude du pape François. Ils n’apprécient pas le FN et n’ont guère été mobilisés par La Manif pour tous.
Arrive après, des catholiques plus « concernés », appelés pour les uns les « conciliaires » (c’est une référence au concile Vatican II). Ce sont des pratiquants souvent engagés et politiquement orientés à gauche et au centre droit. Ils sont eux aussi très favorables à l’accueil des migrants, et ils ont souvent soutenu La Manif pour tous et votent très peu FN. Les autres sont les « observants », ils sont très pratiquants, traditionalistes, et globalement, ils défendent la liturgie, la messe en latin et La Manif pour tous. Ils sont hostiles aux migrants et majoritairement orientés à droite et à l’extrême droite.
Pour compléter leur analyse, les sociologues ont enfin déterminé deux petits groupes, disons plus extrêmes dans leurs convictions et leurs pratiques. Les « inspirés » (4 %), qui se mettent en marge et se retrouvent dans des communautés nouvelles (charismatiques), sont hostiles à l’accueil des migrants, et ils sont orientés à droite et à l’extrême droite. Les « émancipés » (4 %), se retrouvent à l’occasion de grands rassemblements pour des causes profanes, ils sont orientés à gauche et au centre droit, et ils sont hostiles à l’accueil des migrants, à La Manif pour tous et se défient du pape François.
Tout ceci encore une fois démontre que même si on peut contester en détail ce découpage, il serait illusoire actuellement de trouver un candidat politique rassemblant une grande et large majorité de catholiques et pouvant s’appuyer fortement dessus. Ces chiffres recouvrent une grande diversité d’opinions, dans laquelle on retrouve le clivage gauche-droite.
On peut d’ailleurs s’en féliciter, si le religieux peut logiquement influencer le politique (comme tout courant de penser), celui-ci reste avant tout une mise en place pratique, concrète et heureusement incomplète sur le terrain de réflexions théoriques diverses. Cet écart entre des principes religieux et moraux rigoristes et leurs applications sur le terrain qui tient compte d’autres apports et d’autres impératifs s’apparentent furieusement à ce que l’on appelle la « laïcité ».

Crédit photo : Catho-Bordeaux

 

 

 

 

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