La maladie professionnelle sur la sellette

La maladie professionnelle sur la sellette

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Une enquête de l’INSSE de février 2018, fait part de 13 ans de différence dans l’espérance de vie des hommes jouissant d’un niveau de vie élevé, et ceux disposant des revenus les plus faibles. Cette enquête, fait écho à un livre de Pascal Marichalar, chercheur au CNRS, qui raconte le combat d’ouvriers pour faire reconnaître leur cancer comme maladie professionnelle. Ce récit est un bon exemple de l’inégalité des cadres et des ouvriers face aux risques professionnels, et surtout la difficulté de le faire reconnaître.

C’est dans un article pour science et avenir, que Pascal Marichalar revient sur le propos de son livre. C’est le combat des verriers de Givors après la fermeture de leurs usines en 2004. Une association d’anciens de l’usine s’aperçoit en 2009, que beaucoup d’entre eux, ont le cancer et meurent prématurément. Il s’ensuit un long parcours pour faire reconnaître les faits et les responsabilités. Ils seront accompagnés dans leur combat par les chercheurs de l’Inserm pour identifier les causes de cette épidémie ou encore avec les avocats du cabinet Teissonnière connu pour avoir assuré la défense des victimes de l’amiante.

Le livre au-delà du récit, donne aussi l’occasion de mettre en évidence les raisons de cette situation, et donc de dénoncer d’une part que les verriers de Givors, tout au long de leur carrière, avaient été exposés à de nombreux produits et situations de travail dont le caractère cancérogène était pourtant connu. D’autre part, on peut aussi s’interroger sur l’efficacité réelle de la médecine préventive liée aux maladies professionnelles, qui n’a pas vu, ou n’a pas voulu voir venir la catastrophe.

Du coup, Pascal Marichalar fait un constat très dur. Pour lui, les choses ne bougent pas vraiment. Comme au XIXe siècle, l’assurance-maladie, les médecins experts et un certain nombre de tribunaux, continuent de renvoyer l’idée que la mauvaise santé des ouvriers serait due essentiellement à des comportements individuels à risque comme le tabagisme, l’alcoolisme ou des problèmes de santé antérieurs. Les études du ministère du Travail qui démontrent le grand nombre de facteurs de risque professionnel ne sont pas vraiment prise en compte.

Il convient en fait de réellement faire appliquer la loi. Celle-ci, oblige à substituer les produits dangereux par des produits moins dangereux lorsque c’est possible. Ensuite, faire parler son bon sens, si la mise en place de l’ensemble des mesures de prévention disponibles peut s’avérer onéreuse à la base, on sait qu’à long terme, les maladies évitées sont autant de coûts en moins pour nos sociétés.

Cependant, tout ceci n’est que compte d’apothicaire comme on dit, car le progrès n’est bon que s’il est appliqué à tous. Ce sera notre fierté de continuer à promouvoir l’un des systèmes de santé les plus justes et efficaces au monde. La santé des personnes n’est pas qu’une ligne comptable dans des finances publiques. L’espérance de vie et l’accès aux soins à un plus grand nombre font partie des grandes réussites d’une vraie grande nation.

Crédit photo : anthonypileci

 

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