Elections en Irak : l’arrivée surprise de l’imam Moqtada al-Sadr, en tête

Elections en Irak : l’arrivée surprise de l’imam Moqtada al-Sadr, en tête

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Malgré tout ce que l’on peut dire, les élections sont toujours susceptibles de surprises. En Irak, c’est la liste du leader chiite Moqtada al-Sadr, qui est arrivée en tête des législatives. A la surprise générale, il a devancé les deux favoris des élections. Tout d’abord, le Premier ministre sortant, Haïdar al-Abadi, chiite, soutenu par la communauté internationale, et le vice-président Nouri al-Maliki, également chiite, mais lui réputé proche de l’Iran. Ces résultats démontrent surtout la volonté du peuple Irakien d’en finir avec la corruption, et de retrouver un Etat fort, capable de limiter les influences extérieures, à savoir iraniennes et américaines.

Moqtada al-Sadr, n’est pas un inconnu et sa famille non plus. A maintenant, 44 ans, le leader religieux est connu par ses prêches contre l’invasion militaire américaine. Il perpétue ainsi une grande tradition de militantisme chiite. Son père, le Grand Ayatollah Mohammed Sadeq al-Sadr, a longtemps combattu pour les quartiers populaires chiites de Bagdad, et du sud du pays. Il s’est opposé au régime répressif de Saddam Hussein, ce qui lui a coûté la vie. Il a été assassiné avec deux de ses fils en 1999, dans une attaque attribuée à des agents du pouvoir bassiste.

Le sociologue Adel Bakawan, chercheur associé à l’EHESS, et directeur général du Kurdistan centre for sociology à l’université de Soran (Irak), explique « Moqtada al-Sadr représente les classes sociales défavorisées, déshéritées, exclues depuis 2003, soit la majorité absolue de la société irakienne, révoltée contre la classe politique corrompue. Il ne faut pas oublier, que Bagdad a été désignée comme la pire capitale du monde, et que l’État irakien est en panne au niveau des services publics« .

Après la chute du régime de Saddam Hussein, l’Armée du Mahdi, la milice de Moqtada al-Sadr est la première faction chiite à engager la lutte contre l’armée d’occupation américaine de 2006 à 2008. La milice, a ensuite combattu contre les djihadistes de l’EI, malgré de terribles exactions contre les sunnites, cela a renforcé sa légitimité. En 2015, il s’allie aux communistes, traditionnels représentants des classes populaires avec qui, il partage le mépris de l’interventionnisme iranien. Il n’en reste pas moins un imam conservateur prônant les valeurs de la famille au sens stricte, comprenant par exemple la séparation nette entre les genres. Ce n’est qu’en 2016, que le chef religieux appelle à la fin des attaques menées par ses miliciens contre les débits de boissons et les homosexuels.

Les difficultés ne font que commencer, car comme dans tout processus électoral, le temps est venu pour les transactions et les alliances. Moqtada al-Sadr, dispose de 90 jours pour récupérer les 165 sièges nécessaires à l’obtention d’une majorité. Il ne brigue pas directement le poste de Premier ministre, mais il a déjà proposé aux principaux Partis du pays de constituer une coalition gouvernementale, qui lui permettrait de former le gouvernement. Il risque alors de payer son manque d’influence auprès des grands acteurs traditionnels irakiens, dont les nationalistes d’Abadi et du puissant PDK kurde de Nechirvan Barzani, anti-iraniens, mais réputés proches des Américains. De plus, gageons que face à lui, les Américains et les Iraniens, pourtant rivaux depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, pourraient s’allier pour la circonstance, afin de former une coalition qui leur serait favorable en Irak.

Crédit photo : Andrew Prophet

 

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