L’EI ou l’ubérisation de l’acte terroriste

L’EI ou l’ubérisation de l’acte terroriste

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Pour certaines choses, même si elles s’imposent au fur et à mesure, et apparaissent de plus en plus évidentes, c’est quand même mieux de le dire clairement. Pour de plus en plus d’experts, la propagande du groupe État islamique (EI) peut pousser des déséquilibrés ou malades mentaux à passer à l’action violente au nom du jihad. Il ne s’agit plus d’un acte qui concrétise un cheminement de pensée plus ou moins conditionné, mais simplement,  une justification à des actes, afin de leur donner de l’intérêt.

Le cas de l’assassin du policier français Xavier Jugelé, abattu sur les Champs-Élysées à Paris le 20 avril, semble sur ce point particulièrement révélateur. Le profil du tueur relève plus nettement de la névrose, de la maladie mentale ou de la fuite en avant mortifère que du véritable terrorisme islamiste.

Farhad Khosrokhavar, directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) a trouvé une expression pour ce phénomène, il appelle cela “le jihadisme métaphorique“. “Quelqu’un qui a une vie de délinquant, qui en a marre de vivre, qui a une obsession, ça peut être contre la police, comme le tueur des Champs-Élysées“. Le fait de se revendiquer de Daech, ne fait que donner de l’ampleur à son acte. Le tueur sort de la rubrique triste et sans éclat “fait divers” pour se retrouver dans la très médiatique et à la mode “terrorisme”. Dans une société de plus en plus accroc aux buzz et à l’exposition médiatique, cela devient tragiquement important aux yeux de ces déséquilibrés.

On pourrait prendre comme autre exemple, en mai 2016, un Allemand de 27 ans avait agressé quatre personnes à coups de couteau près de Munich. En rajoutant à son agression, les cris “d’Allah akbar”, son acte a pris une autre dimension. Après interrogatoire, les autorités n’ont pas établi de motivation jihadiste et elles ont assuré qu’il s’agissait d’un “déséquilibré”. Le simple fait de crier, a donné une autre particularité aux agissements.

Farhad Khosrokhavar, enfonce le clou, “j’ai dit plusieurs fois que le massacre de Nice, par exemple, ne relevait pas du jihadisme, que son auteur avait des problèmes mentaux énormes, mais personne ne vous écoute. Il y a des moments où les sociétés sont aveuglées. Et elles font du coup le jeu de Daech. C’est un jeu de dupes que tout le monde joue, en toute sincérité“.

Le psychologue universitaire Patrick Amoyel, qui travaille sur les phénomènes de radicalisation, souligne que l’EI a compris le profit qu’il pouvait tirer de ses appels incessants au passage à l’action contre “les mécréants”.

En faisant constamment parler d’elle, l’organisation EI sait déjà qu’elle va avoir un impact sur des populations influençables et que l’on peut radicaliser de manière politique et religieuse. Cependant, signe des temps, l’organisation terroriste draine maintenant, ceux qui sont aussi anti-société, anti-Occident, anti n’importe quoi, un fourre-tout contestataire et désœuvré, à qui elle offre une pathétique et horrible heure de gloire.

Le terrorisme n’échappe pas non plus à une espèce de standardisation. Plus besoin d’endoctrinement, ni d’un minimum de conditionnement, une vidéo sur “You tube”, quelques messages mails codés et c’est parti.

En fait, c’est la l’uberté de détruire…

Crédit photo : thierry ehrmann

 

 

 

 

 

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