Arabie Saoudite :  Mohammed ben Salmane, le prince héritier, despote éclairé

Arabie Saoudite : Mohammed ben Salmane, le prince héritier, despote éclairé

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Cela bouge en Arabie Saoudite, cependant, dans un pays mené de main de fer, ce n’est pas la conséquence d’un vaste mouvement social ou de contestation. On pourrait plutôt parler de “révolution de palais” menée par Mohammed ben Salmane, le prince héritier. Celui-ci, a pour objectif de faire sortir son pays de sa dépendance à la rente pétrolière. Pour cela, il compte mener une modernisation à la fois technologique et culturelle de l’Arabie Saoudite.

L’attitude du prince héritier, prend toutes les allures du despote éclairé. En effet, avant toute chose, il veut être sûr que son autorité ne sera pas discutée. Pour cela, il n’a pas hésité à exclure les membres conservateurs de la famille. Il sait, que ce qu’il entreprend ne va pas faire l’unanimité, donc personne ne doit être en position de contester son autorité.

Le grand projet du prince, est de voir son pays au fur et à mesure diversifier son économie pour limiter l’influence de la rente pétrolière, qui constitue encore près de 90 % des exportations saoudiennes et 70 % des revenus du royaume. Pour cela, de nombreuses réformes économiques, politiques et sociales ont été lancées en 2016 sous l’appellation « Vision 2030 ». Ce train de réformes se donne quinze ans pour mettre fin à la rente pétrolière. Pour aider au financement, le prince n’hésiterait pas à céder 5 % de Saudi Aramco, la plus grande compagnie pétrolière au monde, dont le prix total est évalué à 2 000 milliards de dollars. On sait déjà, que la Chine, serait prête à faire affaire avec Riyad.

Dans ce plan, figure par exemple un nouveau projet pour le moins ambitieux, investir 430,6 milliards d’euros pour créer une cité économique futuriste, baptisée « NEOM », grande comme deux fois l’Ile-de-France, à partir de rien.

Cependant, Mohammed ben Salmane a bien conscience, que s’il veut entrer dans le grand concert mondial, et attirer les investisseurs autrement que par son pétrole, il lui faut une image de marque plus consensuelle. Fini donc l’ultra-conservatisme religieux, et place à une Arabie Saoudite « modérée et ouverte ». A grands coups de reportages, et de communication bien placés, on est très vite au courant de la récente autorisation aux femmes de conduire. On sait, que les cinémas vont bientôt ouvrir, et que des Saoudiennes se sont mêlées aux hommes, et ont célébré la fête nationale, ou encore elles ont pénétré pour la première fois dans des stades.

Le prince veut surtout attirer dans son sillage les jeunes, qui sont naturellement plus sensibles au futur de leur pays. Stéphane Lacroix, chercheur au CERI et spécialiste de l’islam politique explique, “le conservatisme à l’ancienne est moins partagé aujourd’hui par la société. Les jeunes sont plus ouverts, étudient davantage à l’étranger, notamment grâce au système de bourses mis en place en 2000. Mohammed ben Salmane l’a compris, et c’est ce qui fait sa force”. En investissant dans les secteurs de pointe qui exigent l’emploi d’une main-d’œuvre high-tech, le prince sait qu’il peut compter sur la jeunesse saoudienne, dotée de la qualification nécessaire, et de ce fait, moins faire appel à la main d’œuvre étrangère.

Il est difficile de nier le changement radical, que souhaite porter Mohammed Ben Salmane, qui a déclaré, “seuls les rêveurs sont les bienvenus”. Cependant, la tâche paraît très ardue et comme on dit, chasser le naturel, il revient au galop. Le prince estime que “70 % de la population saoudienne a moins de 30 ans, et franchement, nous n’allons pas passer trente ans de plus de notre vie à nous accommoder d’idées extrémistes, et nous allons les détruire, maintenant et tout de suite”. Détruire, c’est bien le mot, car si on parle de moderniser le pays, ce ne sera pas en contestant les décisions du prince, car ceux qui s’opposent, sont tout simplement réduit au silence. Les arrestations massives sont encore monnaie courante.

Il s’agit encore une fois de savoir, si on décide d’accéder à la modernité actuelle, quelle dose minimum de démocratie est indispensable ?

Crédit photo : Abdulazizi AL-Shdoukhi

 

 

 

 

 

 

 

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