Lord Arthur Balfour : quand une lettre devient une déclaration

Lord Arthur Balfour : quand une lettre devient une déclaration

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Il y a cent ans, un certain Lord Arthur Balfour, alors ministre des Affaires étrangères britannique, publiait une lettre ouverte adressée à Lord Walter Rothschild, un banquier d’affaires et surtout un des plus illustres représentants de la communauté juive de Grande-Bretagne. Lord Walter Rothschild est aussi le financier du mouvement sioniste qui prend son essor. Lord Arthur Balfour ne sait certainement pas encore, que sa fameuse lettre dans laquelle il donne son approbation pour la constitution d’un foyer national juif, va servir de base pour la construction de l’État d’Israël et surtout se retrouver au cœur d’un conflit interminable.

Pour être bien honnête, c’est surtout son utilisation qui lui fait prendre une importance qu’elle n’aurait peut-être pas dû avoir, sinon pourquoi est-elle passée de simple lettre, au statut de déclaration ? En fait, c’est parce qu’elle servira de déclaration officielle pour les sionistes, et qui sera entérinée par la SDN, l’ancêtre de l’ONU, quelque temps après. S’il faut au sioniste une déclaration officielle, c’est parce qu’il en existe d’autres qui sont contradictoires.

En effet, lorsque Lord Balfour rédige, le 2 novembre 1917, cette courte lettre, la Première Guerre mondiale fait rage et son issue est encore incertaine. Une chose est sûre, le conflit comme toute guerre, coûte cher et pas seulement en chair humaine. Les Britanniques cherchent de l’argent du côté des banques juives d’Angleterre et des États-Unis. L’urgence de la situation ne permet plus une vision à long terme, et ils décident donc de promettre aux sionistes un retour sur la terre de leurs ancêtres.

Cependant, ces terres et ces territoires, qui allaient de la Perse à la mer Méditerranée, en longeant la Mer rouge, ont déjà été promis suivant les accords Hussein-McMahon de 1915 aux nationalistes arabes, qui eux aussi ont aidé les Anglais en se battant contre l’Empire ottoman, alliés de l’Allemagne.

Pire encore, ces nationalistes arabes sont déjà les victimes d’un revirement diplomatique, puisque les accords Sykes-Picot de 1916 revenaient sur les promesses faites un an plus tôt. La France et le Royaume-Uni décident finalement de s’octroyer les provinces arabes de l’Empire ottoman alors rallié à l’Allemagne.

Comme on peut le constater, les intérêts stratégiques et parfois contradictoires des Britanniques, les ont donc poussés à promettre le même territoire palestinien à deux alliés différents, les sionistes et les Arabes. La diplomatie anglaise, qui dirige alors le monde, visiblement très inspiré, s’est même permis avec la lettre de Balfour d’autoriser la migration sioniste, sur un territoire comprenant la Cisjordanie et la Palestine, territoire, qui n’est pas à eux, mais considéré à l’époque comme une terre internationale. Cette situation, prenant ainsi en compte l’importance de la ville de Jérusalem pour les trois religions monothéistes de la région.

Même s’il est dit qu’en Palestine, qui passera officiellement sous mandat britannique en 1922, “rien ne sera fait qui puisse porter atteinte aux droits civils et religieux des collectivités non-juives existant en Palestine”. La suite des événements et notamment un deuxième conflit mondial va exacerber une situation déjà pervertie à la base. Les passions et les impératifs des différentes parties en présence vont mener à une situation inextricable et notamment à l’affrontement entre les alliés des Anglais, qui sont rivaux, mais pas encore complètement ennemis. De son côté, le Royaume-Uni va refuser d’assumer, et au fil du temps faire oublier sa responsabilité dans la situation que l’on vit actuellement.

En septembre dernier, dans un discours à l’assemblée générale des Nations unies, le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a demandé aux Britanniques des excuses officielles pour avoir promis de remettre des terres que le Royaume-Uni ne possédait pas. Une nouvelle fois, Londres a refusé.

Concernant, les Palestiniens, il faut tout de même noter que l’on parle toujours de région, de territoire, mais jamais de pays proprement dit. Néanmoins, cette notion, hélas pour eux, viendra plus tard et en réaction avec la création de l’Etat d’Israël. Il semblerait qu’ils aient, qu’ils le veuillent ou non, une destinée liée.

 

Crédit photo : National Library of Scotland

 

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