La Jordanie ne veut pas renouveler deux annexes du traité de paix avec Israël

La Jordanie ne veut pas renouveler deux annexes du traité de paix avec Israël

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La moindre décision, ou même la moindre intention, peut rapidement avoir de graves conséquences dans la zone du Proche-Orient. Cela empire, quand il s’agit de l’Israël et des pays qui l’entourent. C’est pour cela, que la décision du roi Abdallah II de ne pas reconduire deux annexes du traité de paix inquiète fortement. En effet, depuis 1994, un traité prévoyait que la zone Baqura/Naharayim et la zone Al-Ghamr/Zofar , sous souveraineté jordanienne, seraient mises gratuitement à la disposition des fermiers israéliens pour une période de vingt-cinq ans. Le roi Abdallah II, avertit un an avant la fin de l’échéance, qu’il ne veut pas renouveler ce dispositif. A la grande satisfaction d’une large frange de son opinion publique.

L’affaire est plus symbolique qu’autre chose, car on ne parle que de très petits bouts de terrain. Cependant, il s’agit de bien marquer une désapprobation vis-à-vis de l’absence des Israéliens de toute véritable négociation politique avec les Palestiniens et la poursuite de la colonisation de territoires. De plus, les décisions de la Maison-Blanche depuis l’arrivée de Donald Trump, comme la fin des financements américains pour l’UNRWA, la mission des Nations unies (ONU) chargée des réfugiés palestiniens et de leurs descendants, dont deux millions vivent en Jordanie, ont attisé un vif ressentiment.

De manière plus globale, la Jordanie reste profondément attachée à une solution à deux Etats, sur la base des frontières de 1967, avec Jérusalem pour capitale partagée. Les dernières prises de position des Etats-Unis et de l’Israël, comme la reconnaissance unilatérale de la ville sainte comme capitale d’Israël par les Etats-Unis, en décembre 2017, apparaissent donc inacceptables. A cela, se rajoutent des tensions autour de la gestion des lieux saints à Jérusalem-Est, dont la Jordanie a normalement la charge via la fondation pieuse du Waqf. Cependant, de nombreux extrémistes Israéliens passent de plus en plus le cadre prévu, avec même la complicité des forces de l’ordre et de l’armée.

Tout ceci mit bout à bout, a amené par exemple, près de 80 députés jordaniens à vouloir ne pas renouveler ce régime spécial amenant avec eux une grande partie de l’opinion publique. Ofer Zalzberg, analyste pour International Crisis Group, explique “le roi a dû passer outre des votes répétés au Parlement, ce qui l’a fait apparaître comme un défenseur d’IsraëlCe geste lui permet d’envoyer un signal en faisant payer un prix aux Israéliens pour l’éloignement de la solution à deux Etats et leur comportement unilatéral sur le lieu saint de l’esplanade des Mosquées/mont du Temple”.

Il serait dommage pour l’Israël de ternir les relations étroites, notamment sécuritaires, qu’il a nouées avec la Jordanie. Le traité de paix signé avec elle et l’Egypte, reste une rare passerelle dans le rapprochement en coulisse fait avec d’autres pays du bloc sunnite dit « modéré ».

On sait par exemple, que l’Israël aide secrètement Le Caire à combattre les djihadistes affiliés à l’organisation Etat islamique (EI) qui harcèle l’armée égyptienne dans le désert du Sinaï. De son côté, l’Israël ne peut pas ignorer que de nombreux réfugiés syriens sont arrivés en Jordanie provoquant des déséquilibres dans le pays. En juin, des manifestations de masse contre des mesures d’austérité fiscales, avaient fait tomber le Premier ministre jordanien.

Les deux pays, ont donc grandement besoin les uns des autres, car d’un côté comme de l’autre, si les dirigeants actuels ne font pas d’efforts pour une solution, ils seront débordés par leurs extrêmes respectifs.

Crédit photo : MEDEF

 

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