L’attitude hésitante de la France face au meurtre du journaliste Jamal Khashoggi

L’attitude hésitante de la France face au meurtre du journaliste Jamal Khashoggi

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L’homicide du journaliste Jamal Khashoggi dans l’ambassade saoudienne, semble bien gêner le gouvernement français. Certains pays comme l’Allemagne, veulent suspendre leurs exportations d’armes en direction de l’Arabie Saoudite, et ils aimeraient bien, que les autres pays en fassent autant. Seulement voilà, quand on parle exportation d’armes, côté Allemand et côté Français, on ne parle pas des mêmes sommes d’argent. L’Hexagone, troisième exportateur de matériel militaire vers Riyad après les Etats-Unis et le Royaume-Uni, ne semble pas vouloir changer sa politique.

Emmanuel Macron, a préféré ne pas répondre aux questions. Soyons clair, un autre à la même place, aurait certainement fait pareil, ce n’est pas seulement le président qui est gêné par l’affaire, c’est tout un pan entier de l’industrie d’armement français, qui est concerné et cela dure depuis de nombreux présidents de droite ou de gauche.

Si l’on considère les dix dernières années, l’Arabie Saoudite est le second acheteur d’armes françaises, avec 11,1 milliards d’euros de prises de commande depuis 2008, le premier client étant l’Inde. Ces deux pays, sont également au niveau mondial, les deux plus gros acheteurs d’armes. Cependant, si la France reste un fournisseur classique du pays arabe, le poids de la France a largement baissé depuis les années 80-90. L’Hexagone est supplanté sur ce marché par les Etats-Unis, et le Royaume-Uni.

Rappelons-nous qu’en 1994, le contrat de vente de trois frégates a été signé, pour une valeur de 19 milliards de francs. Il a fait culminer nos ventes d’armes à ce pays.

Le marché saoudien représente 13,5 % du total de ventes d’armes françaises depuis 2008, soit un peu plus d’1 milliard d’euros par an. Il s’agit d’une part importante. Certes, le secteur pourrait survivre à un boycott, car la plus grande partie des armes fabriquées en France sert à fournir l’armée française. Les exportations évoquées ici, n’en représentent qu’une fraction. Il reste, que le secteur serait fragilisé et l’économie française n’a pas besoin de cela en ce moment.

De plus, comme souvent, il faut voir au-delà de l’aspect financier immédiat. Certaines attitudes fermes et pleines de bonnes intentions conduisent à annuler des contrats d’armements, qui coûtent cher. Il faut se rappeler, que les porte-hélicoptères Mistral fabriqués par la France, qui devaient être livrés en Russie, mais pour lesquels le contrat a été annulé en raison de l’invasion de la Crimée par l’armée Russe, ont finalement pu être revendus à l’Egypte, mais l’opération a été très coûteuse pour la France.

On sait aussi, que si nous jouons les fines bouches, les contrats saoudiens non honorés seraient repris par des pays moins regardant. Enfin, il s’avère que lorsque nous invoquons majestueusement le rayonnement de la France à l’étranger, il ne s’agit pas hélas que de culture, de francophonie et d’aide humanitaire.

La gêne du président Français, ne doit pas se lire comme un acte isolé, mais plus, comme l’ambiguïté générale du pays face à des situations. Sommes-nous dans un premier temps prêts à vendre des armes à l’Arabie Saoudite, pour favoriser notre économie ? Dans un deuxième temps, ferons-nous la sourde oreille et serons-nous incapables de sacrifier un peu de notre confort, qui découle de cette économie, en recevant quelques migrants yéménites qui seront éventuellement les victimes de ces mêmes armes ?

Nos difficultés, à répondre ressemblent un peu aux hésitations du président. Heureusement pour le pays et ses dirigeants, il existe la diplomatie et la “langue de bois” et pour notre conscience…notre capacité à passer à autre chose.

Crédit photo : Olivier Duquesne

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