Emplois fictifs du RN au Parlement européen : des interprétations différentes selon Nicolas Bay

Emplois fictifs du RN au Parlement européen : des interprétations différentes selon Nicolas Bay

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Énième épisode dans l’affaire des assistants parlementaires européens du Rassemblement national. D’un côté, les instances européennes et françaises ne lâchent pas l’affaire. De l’autre côté, le Parti de Marine Le Pen essaye de s’expliquer pour au moins gagner du temps, noyer le poisson à défaut de se disculper définitivement. Cependant, il semblerait que loin de s’éclaircir, le ciel s’assombrit pour le Parti, qui ironiquement a fait son meilleur score pour une élection, aux dernières Européennes.

Sur le papier, les faits reprochés sont simples. Le Rassemblement national, est soupçonné de se servir de l’enveloppe réservée à la rémunération des collaborateurs parlementaires de ses 23 eurodéputés, pour des activités exclusivement nationales. En effet, de nombreux cadres du Parti ont été enregistrés comme assistants parlementaires, alors qu’ils ont une activité essentiellement tournée vers le fonctionnement quotidien du Parti et sans rapport avec le Parlement européen.

Face à cela, le Rassemblement national, a tout d’abord essayé de justifier l’activité de ses collaborateurs. Cependant, devant les avancées de l’enquête et les preuves irréfutables qui s’accumulent, ils ont évolué dans leur stratégie de défense. Nicolas Bay, a donc évoqué pour son Parti, une conception et une approche différentes du rôle d’un assistant parlementaire. Il explique donc, “on a une différence d’appréciation avec l’administration de l’époque du Parlement européen, qui voudrait que les assistants soient des fonctionnaires de l’Union européenne coupés des électeurs et de leur pays d’élection. Il prône alors une activité très large, “le travail d’un député ne se cantonne pas à ce qui se passe dans l’hémicycle du Parlement européen à Strasbourg ou à Bruxelles”.

Enfin, l’eurodéputé évoque “un grand classique” du rassemblement national. Tout ceci n’est en fait qu’une persécution politique. Derrière cette enquête, il y a une manœuvre orchestrée par les adversaires du RN. Il en veut pour preuve, que celui qui a déclenché l’affaire n’est autre que le  président socialiste du Parlement européen à l’époque, Martin Schulz qui n’a jamais caché son hostilité à l’égard du Front national.

Il est vrai, que c’est lui qui a saisi en 2015 l’Office européen de lutte antifraude (OLAF), des soupçons d’emplois fictifs pesant sur les collaborateurs des eurodéputés FN. Cependant, il l’a peut être fait avec plaisir, mais aussi parce qu’il était président du Parlement européen. De fait, il l’a aussi signalé à la ministre de la Justice française de l’époque, Christiane Taubira. A l’heure actuelle, il faut bien convenir, que ces longues enquêtes menées au niveau européen avec l’OLAF, et au niveau français avec une instruction judiciaire menée par les juges Claire Thépaut et Renaud Van Ruymbekeont, ont conduit à de nombreuses preuves d’emplois fictifs. Elles ont déjà donné lieu à des obligations de remboursement des indemnités dans un cas, et à des mises en examen dans l’autre.

D’ailleurs, ses accusations et ses enquêtes ont aussi touché d’autres formations françaises, comme le MoDem de François Bayrou, proche allié d’Emmanuel Macron, et Jean-Luc Mélenchon.

Concernant, l’activité des parlementaires, la défense de Nicolas Bay, apparaît encore plus inopportune. Le législateur n’a pas attendu le Rassemblement national, pour préciser les activités de l’assistant parlementaire. Il est écrit, “seuls peuvent être pris en charge les frais correspondant à l’assistance nécessaire et directement liée à l’exercice du mandat parlementaire des députés”. Ce sont bien des frais de fonctionnement, et pas de promotions ou autres activités privées. De plus, il est prévu 2 catégories d’assistants parlementaires, les collaborateurs “locaux” et les collaborateurs “accrédités”. Comme le nom l’indique, les premiers sont prévus pour passer du temps dans la circonscription d’origine du député. Les seconds se consacrent à l’activité parlementaire directe et sur place. Ceux-ci, doivent vivre à Bruxelles, comme les y obligent les règles européennes. C’est autour de ses collaborateurs “accrédités” que les cas litigieux du RN apparaissent.

Il est clair, que l’enjeu dépasse le strict cadre de ses collaborateurs. En toile de fond de cette affaire, c’est une question d’image importante pour le RN. Le Parti doit continuer aux yeux de tous à apparaître comme un Parti qui se maintient loin des magouilles politiciennes et garde les mains propres. Pour ses adversaires, il s’agit de braquer les projecteurs, pour démontrer qu’au-delà des idées extrêmes que le mouvement véhicule, il reste dans son fonctionnement par contre, hélas très banal.

Crédit photo : European Parliament

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