Une grève à Général Motors, une tache dans l’Amérique de Trump

Une grève à Général Motors, une tache dans l’Amérique de Trump

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Une grève aux Etats-Unis, bien sûr, on imagine bien que cela arrive, mais tout de même, cela sonne un peu bizarre. C’est hélas oublier bien vite, que le sort des ouvriers du pays n’est pas forcément reluisant. De plus, tout le monde ne peut cumuler plusieurs emplois pour rejoindre le “rêve américain”. Il y a donc des “fainéants gauchistes” comme en France, qui sont prêts à se mettre en grève au sein même du géant de l’automobile américain, à savoir General Motors (GM). Cependant, il faut préciser que ce géant n’est plus un colosse, il a été sauvé de la faillite en 2009, par le gouvernement.

Il faut dépasser le cadre de l’ironie facile, pour voir comment ce mouvement s’organise. Ce ne sont pas moins de 50 000 salariés américains de GM, qui participent à ce mouvement social d’une ampleur exceptionnelle et qui pourrait durer. Il faut dire, que la différence entre les propositions de la direction et les attentes du puissant syndicat automobile américain UAW sont telles, que l’on voit mal actuellement comment sortir de l’impasse.

Ce syndicat, a reçu le mandat de ses membres pour mener les négociations salariales avec le groupe automobile. Chez GM, il faut remonter à 2007 pour retrouver un mouvement social, et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il est mal engagé. Brian Rothenberg, le porte-parole du syndicat automobile, a déclaré, “nous ne sommes tombés d’accord que sur 2 % des dispositions du nouvel accord et il reste encore à s’entendre sur 98 %”. Ses discussions portent sur les salaires, les prestations de soins de santé, le statut des travailleurs temporaires et la sécurité de l’emploi. A cela, l’UAW demande également à GM de réactiver quatre usines mises à l’arrêt.

Evidemment, de son côté, la direction de GM indique qu’elle fait le maximum. Un porte-parole de GM déclare, “nous avons présenté une offre solide pour améliorer les salariés et les avantages ainsi qu’accroître les emplois américains de façon substantielle, nous négocions de bonne foi”.

La contestation et la négociation sont d’autant plus dures, que le géant de la construction de voitures de Détroit, a été renfloué avec de l’argent public après sa faillite historique de 2009. Il est évident, que pour l’opinion publique, le groupe doit justifier cette aide en protégeant des emplois. Cependant, si les choses ont plutôt bien tourné l’an dernier, car le groupe a dégagé un bénéfice net de 8,01 milliards de dollars, les choses se sont gâtées pour le secteur, suite au ralentissement mondial des ventes de véhicules neufs et à la guerre commerciale.

Si ce mouvement est largement suivi, c’est aussi parce que paradoxalement, les grévistes ont peu ou prou sinon l’appui, au moins la bienveillance des démocrates et des conservateurs. Donald trump, en personne est intervenu, “je ne veux pas que GM construise des usines en Chine, dans d’autres pays, GM réalise la majorité de ses bénéfices aux États-Unis”. Il espère une grève de “courte durée”, surtout à un peu plus d’un an de l’élection présidentielle au cours de laquelle les emplois industriels vont compter. Rappelons aussi, qu’un de ces sites se trouve dans l’Ohio, un des États industriels, avec le Michigan, déterminants pour l’issue de la présidentielle de 2020. De plus, maintenir voire d’augmenter les emplois industriels dans ces États particulièrement affectés par les délocalisations et une main-d’œuvre moins chère au Mexique, est un des “cheval de bataille” de D. Trump.

Côté démocrate, le Parti ne peut pas passer à côté d’un mouvement ouvrier et syndical de cette ampleur. Joe Biden, rappelle “un emploi, c’est davantage qu’une fiche de paie. C’est de la dignité et du respect, tandis que le sénateur Bernie Sanders, a appelé GM à “mettre fin à la cupidité“.

Tout le monde doit être présent, car s”il n’est plus ce qu’il a été dans les années 1970 et 1980, le secteur automobile américain demeure toutefois un gros pourvoyeur d’emplois industriels et le poumon économique de certains États. Selon le lobby Alliance of Auto Manufacturers, l’industrie automobile soutient 9,9 millions d’emplois directs et indirects aux États-Unis et compte pour environ 3 % du produit intérieur brut (PIB).

Enfin, le résultat des négociations entre GM et l’UAW, pourrait déboucher sur un nouveau contrat de travail pour les prochaines années. Celui-ci,  servira de base aux négociations chez d’autres constructeurs automobiles comme Ford et Fiat Chrysler.

Crédit photo : creative hinan by quileen

 

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